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2014 Les îles San Blas 1ère partie (février)

Nous sommes tombés sous le charme de l'archipel des îles San Blas (Kuna Yala) et de leurs habitants les Indiens Kuna. Situées sur la côte Caraïbes à l'est du canal de Panama, elles sont constituées de plus de 300 îles et îlots coraliens bordés de cocotiers et de sable blanc. Des îles tropicales comme on en rêve.

Cette province du Panama a un statut particulier. Elle est gérée de manière autonome par les indiens Kuna eux-même depuis leur révolution de 1925 face au gouvernement central panaméen. Depuis, ils ont su préserver leurs traditions et vivent quasiment encore en autarcie. Leurs principales ressources sont la pêche (langoustes, coquillages, poissons), la noix de coco, les divers produits issus de leurs jardins dans la jungle et un peu de chasse (tapirs, cochons sauvages, crocodiles et autres gibiers). Le tourisme naissant apporte aussi quelques dollars bienvenus surtout par la vente des molas (pièces de tissus brodées par empiècement très colorées) et autres artisanats.

Nous aborderons ce pays par le village de Niadup (Tigantiki) situé à l'est de l'archipel, hors de la zone la plus fréquentée par les touristes et les voiliers. En effet le mouillage est assez inconfortable et rouleur, ce qui le rend difficilement accessible.

Les Kuna vivent principalement dans des villages sur les îles situées les plus proches de la côte afin d'avoir facilement accès à leurs jardins (fincas) qui sont sur le continent. Ainsi, ils sont à l'abri de la vermine et des moustiques. Ils se déplacent avec leurs "ulu" qui sont de longues pirogues taillées dans des troncs d'arbres en une pièce. Celles-ci sont dotées de voiles amovibles pour s'aider du vent lorsqu'il est dans la bonne direction. Nous avons été fascinés par la dexterité qu'ils ont pour manier ces embarcations et ceci dès leur plus jeune âge. Elles leurs servent aussi à remonter les rivières pour aller chercher de l'eau potable parfois après plusieurs miles, lorsque le village n'en est pas pourvu. 

Niadup est très proche du continent et nous sommes impressionnés par la vue de ces montagnes recouvertes par l'épaisse jungle du Darien. Les vagues se brisent avec force, car il n'y a pas de barrière de corail au large qui retient la houle, contrairement aux îles plus à l'ouest.

 

 

Lorsque nous débarquons sur l'île, tout de suite les enfants se passent le mot pour dire qu'il y a trois nouveaux enfants arrivés avec un gros bateau! Un quart d'heure plus tard, c'est entourés d'une vingtaine d'enfants que nous faisons le tour du village. Ils veulent tout nous montrer: leur école, le pont qui relie leur village à une cocoteraie, le dispensaire, le terrain de jeux, etc...

Nous sommes entraînés dans un véritable tourbillon et rapidement nos trois enfants perdent leur timidité. Nils et Tim sont vite entraînés pour aller pêcher des petits poissons depuis le pont puis jouer au football, tandis qu'Estelle donne déjà la main à deux petites filles de son âge. Elle fait grande impression et toutes les petites filles veulent être à côté d'elle. Estelle est aux anges, tant elle est contente de voir autant de copines en même temps et d'être au centre de l'attention.

Le lendemain chacun de nos enfants décide de leurs offrir quelques-uns de leurs jouets. Alors là c'est carrément la fête. Estelle explique à la plus grande comment fonctionne un jeu de construction. Comme il y a beaucoup de pièces, finalement tout le monde participe, sous la surveillance de la plus grande, Charlinda (12 ans) qui est un peu notre guide et traductrice. Elle a bien appris l'espagnol à l'école comme la plupart des enfants ou des jeunes. Par contre, les adultes d'un certain âge ne savent souvent que le kuna, de même que les jeunes enfants pas encore scolarisés.

On passe devant le Congresso. C'est le bâtiment traditionnel plus important du village. C'est là que se réunissent plusieurs fois par semaine les villageois pour discuter, donner leur avis et écouter le chef du village appelé Saila et ses conseillers. Ces derniers prennent place couchés dans des hamacs au centre et les villageois sont assis tout autour sur des bancs. 

Voici le grand-papa et la tante de Charlinda à qui j'ai acheté ce beau mola. Ici à Niadup, personne ne demande d'acheter quoi que ce soit. C'est moi qui a demandé à Charlinda si quelqu'un fabriquait des molas dans sa famille. En fait, toutes les femmes kuna fabriquent des molas à temps perdu. C'est avant l'arrivée de la télévision et d'internet. Le jour où ils seront branchés cela changera certainement. Par contre dans ce village la plupart des maisons ont un panneau solaire alimentant quelques ampoules qui a été placé par le gouvernement autonome Kuna et financé par la Banque Mondiale. C'est très utile car ici sous les tropiques les nuits sont aussi longues que les jours. 

                        

Les maisons ont des toits de palmes et des murs de roseaux. Il n'y a pas de plancher, tout repose à même la terre. Les tables sont très rares, il y a seulement quelques chaises en plastique et des hamacs partout. La cuisine se fait par terre sur un feu de bois. Quelques rares familles ont parfois un réchaud à gaz. Comme ils n'ont pas non plus d'armoires et qu'à la saison des pluies ils peuvent être innondés, tous leurs habits sont suspendus sur des cordes au plafond. En retournant sur notre bateau nous avons l'impression de vivre dans un palace. Quel contraste! Nos enfants, surtout Nils, réalisent la chance qu'ils ont de vivre avec autant de confort.

C'est dimanche et les équipes de foot du village vont faire un tournoi. Ils traversent le bras de mer pour aller jouer sur la piste d'atterrissage. Elle n'est empruntée que par les petits avions qui viennent toutes les 1 à 2 semaines en saison chercher une cargaison de fruits de mer et de langoustes. 

Alors en attendant c'est une belle piste pour se dégourdir les jambes et jouer à l'avion.

Au lever du jour, les hommes traversent le bras de mer avec leurs pirogues pour se rendre dans leurs jardins dans la forêt.

                        

Ce sont de magnifiques embarcations taillées d'un seul bloc dans un tronc d'arbre (l'Armadillo). Elles reviennent chargées de noix de cocos, de bananes, de manioc...

Après quelques jours passés dans ce charmant village, les enfants prennent congé de leurs nouveaux copains en leur promettant de revenir dans quelques jours pour la grande fête qui aura lieu à l'occasion du centenaire de l'établissement du village sur cette île.

A tout bientôt les copains!

Nous repartons plus à l'ouest. La navigation est facile: vent de travers et mer assez calme protégée de la houle du large par les récifs.

On arrive au village de Nargana qui est plus développé que Niadup mais n'a plus d'eau, car la conduite a été cassée. Les villageois remontent en pirogues le Rio Diablo sur 3 kilomètres pour aller remplir des bidons d'eau douce.

En voyant ces pirogues nous passer devant au mouillage, nos instincts de canoéistes refont surface et on décide d'en faire autant en embarquant toute la petite famille dans notre kayak gonflable.

Le spectacle est magnifique. De grands arbres bordent la rivière, il y a beaucoup d'oiseaux et de papillons. Curieusement il n'y a pas de moustiques ce qui nous soulage car nous ne sommes ni vaccinés contre la fièvre jaune, ni n'avons de prévention contre le paludisme. C'est bien les coordonniers les plus mal chaussés, comme on dit chez nous! (nlr: Delphine est pharmacienne... par contre on a quand même prévus des répulsifs) Dire que nous n'avions jamais prévu d'aller dans la jungle du Panama! Heureusement cette région n'est que peu touchée et on est en période "sèche", même si la sécheresse est toute relative en pleine jungle. On dira plutôt que c'est moins humide que d'habitude.

On voit plusieurs cimetières le long de la rivière, qui sont des lieux hautement sacrés. Le silence est alors de rigueur.

 

Le dimanche matin sur la place du village de Jesus de Corazon (adjacent à Nargana), un tournoi de basket est organisé. Les joueurs sont plus grands que la moyenne des habitants. Le peuple Kuna est le plus petit peuple en taille après les Pygmées d'Afrique. Cela nous surprendra souvent. Les garçons de la même taille que Nils ont souvent 2 ans de plus.

Le Capitaine navigue jumelles à la main pour repérer les récifs. Les cartes électroniques avec lesquelles on a navigué jusqu'alors sont souvent totalement fausses ou incomplètes. Seul l'excellent guide nautique d'Eric Bauhaus (The Panama Cruising Guide) est précis et juste. Mais le plus sûr entre ces récifs coraliens reste une paire d'yeux à la barre et sur le sondeur et l'autre paire devant avec jumelles et lunettes polarisées. 

Parfois, les îlots habités sont si petits qu'une seule famille peut y loger. La notion de propriété privée est très différente de la nôtre. Les îles appartiennent à un village ou à un groupe familial élargi alors que la forêt est au peuple Kuna, sans distinction de propriété.

                       

Un bon cocotier produit plus de 120 noix de cocos par an. Celui-là doit détenir le record! Mais attention, toutes les noix de coco appartiennent aux Kuna, alors si on veut en ramasser une pour soi, il est conseillé d'en demander la permission sans quoi on risque de les fâcher sans le savoir. Nos enfants qui en ramassaient à la pelle dans les Petites Antilles ont un peu de la peine à comprendre pourquoi même sur une île déserte, ils n'ont pas le droit de les prendre sans demander. Mais ils réaliseront vite que c'est un des aliments de base des Kuna, et que par ici il n'y a pas de supermarché. 

Certes la tentation reste forte, car Nils dit que celles-là vont tomber dans la mer et ne servir à personne!

On a le plaisir de rencontrer l'équipage de SURICAT, une famille avec deux filles ayant l'âge de nos enfants. Ils vont aussi aller dans le Pacifique et ont vécu longtemps en Polynésie. Nous les rencontrons à Porvenir en faisant la clearance d'entrée dans le pays, où l'on est délesté de plus de 400 dollars US pour obtenir le cruising permit et les visas.

Alice de SURICAT joue au cheval avec une petite qui adore ça.

Cinq frères et soeurs sur une petite île. La natalité est assez élevée et les jeunes quittent de plus en plus les îles à l'âge adulte, attirés par les lumières de Panama City.

La plupart des habitants vivent à moins d'un mètre d'altitude dans des conditions très rudimentaires. Il n'est pas rare qu'à la saison des pluies ils soient complètement innondés. L'érosion est bien visible sur certaines îles et déjà on en observe qui se sont réduites à un banc de sable. Une des occupations importantes des villageois est la protection de l'érosion de leurs villages à l'aide de pierres, de déchêts en tout genre, de branches, de troncs d'arbres et de morceaux de corail. Devant tant de fragilité on ne peut qu'imaginer la destinée tragique de ces probables futurs réfugiés climatiques. Cela nous émeut beaucoup.

Au réveil, Nils est tout fier qu'un snapper aie mordu à la ligne au mouillage durant la nuit.

On propose l'équipage de SURICAT de venir à la fête du centenaire de Niadup avec nous. Comme au village, Oniva est paré de ses plus beaux drapeaux.

Tout le monde doit avoir une pièce de vêtement en jaune ou en noir, pour ceux qui en ont.

Le cortège traverse le village. Les Messieurs avec les cravates et les chapeaux sont le Saila, le chef du village et ses conseillers.

Les danseuses secouent les maracas et les hommes jouent de la flûte de pan. C'est une musique très entraînante.

Toutes les dames ont revêtus leurs plus belles blouses traditionnelles avec les molas brodés, les jupes vertes et noirs et leurs foulards rouges. Elles ont aussi de larges bracelets de petites perles sur leurs avant-bras et leurs mollets. Dans les villages traditionnels, toutes les femmes sont habillées ainsi, mais le foulard n'est porté que par les dames plus âgées.

Tous le village est présent et la moyenne d'âge n'est pas très élevée.

Estelle a retrouvé ses petites copines.

Tout le village est décoré avec des banderoles fabriquées avec des morceaux de tissus découpés.

Les dames ont aussi de magnifiques parures en or finement cisellé.

Charlinda et les copines d'Estelle.

Charlinda, 12 ans, qui nous a si bien accueilli et qui était tout fière de nous montrer son école et tous les recoins de son village.

Un groupe de musiciens continue la fête après le défilé. Les rues sont propres et sabloneuses ce qui dispense tout le monde de chaussures.

Les fratries sont nombreuses et très vite les plus grands s'occupent des plus petits.

Tous les enfants se retrouvent pour une partie de football.

Le boulanger qui fournit de délicieux petits pains à 10 cts pièce, avec l'une des seules cuisinières à gaz du village. Il est très rare de voir des tables, pourtant là ce ne serait pas un luxe. Je lui achèterai 30 petits ballons qui n'échapperont pas aux regards gourmands des enfants du village. Il ne m'en restera plus un pour ramener au bateau!

                      

ONIVA a aussi sorti sa tenue d'apparat pour l'occasion. Nous avons hissé le grand pavois avec tous les pavillons de courtoisie des pays que nous avons visités depuis le début de notre voyage.

Après la fête, il est temps de quitter à nouveau ce village sympathqiue de Niadup (Cayos Diablo) pour poursuivre la visite du reste de l'archipel.

On retourne montrer le Rio Diablo à nos amis de SURICAT.

Estelle rapporte à une famille un petit dauphin gonflable qui s'est échappé!

Les rivages regorgent de bébés grenouilles que les enfants s'amusent à attraper. Tim profite de tirer des cailloux avec sa fronde, car il n'a pas souvent la permission de le faire sur le bateau!

Un vrai terrain de jeu, la jungle!

Le mouillage calme et sympa de Green Island où l'on retrouve des bateaux rencontrés en Colombie: FREEVOL, MAX et GALACSEA II.

Les étoiles de mer sont très prisées et, étonnament, elles se déplacent assez vite.

 

Là, il ya en a une grosse! 

                        

Voilà! La canne a pêche est mise à l'eau pour la nuit, je me lave les dents et puis au lit!

La vente des molas permet d'améliorer le quotidien en amenant un peu d'argent au foyer.

Mouillages déserts, superbes îles, temps magnifique (période sèche), gens accueillants. Cette région des San Blas nous a tellement fascinés, qu'on décide de reporter notre traversée du canal de Panama afin de mieux la découvrir. Le Pacifique pourra attendre un peu!

 

2014 février Les îles San Blas (1ère partie)
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