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2016 Mopélia (juin)

Quel soulagement de pouvoir enfin ancrer dans le magnifique lagon de l'atoll de Mopélia (Maupihaa en tahitien), après 20 heures de navigation difficiles au départ de Bora-Bora. Ne plus se faire secouer, être "à plat", au calme nous semble presque irréel tant les conditions de la nuit précédente étaient difficiles. Une mer avec des vagues dépassant souvent les 3 mètres, de longueur d'onde courte, rendaient les vagues abruptes et déferlantes par moment. Sans parler des rafales de vent à plus de 25 nds.

Cela faisait depuis la Colombie, qu'on avait pas connus des conditions si déplaisantes. Huaras n'a pas fermé l'oeil de la nuit, devant surveiller l'allure du bateau  en permanance en étant constamment attaché avec son harnais. On a même battu notre record de vitesse avec 2 ris et le génois enroulé à moitié, en partant en surf à 15 nds GPS sur une grosse vague.

Arrivés au petit matin devant l'étroite passe de Mopélia au courant toujours sortant, on attend un moment que le soleil éclaire suffisament les fonds pour la franchir. Ensuite, c'est avec émerveillement qu'on découvre le camlme de cet atoll très préservé à 140 miles à l'ouest de Bora où ne vivent que 19 habitants. Une eau turquoise et une immense plage au sable blanc éclatant récompensent nos efforts de la nuit précédente.

Les enfants aussi sont contents d'être arrivés!

Cet atoll représente vraiment l'image que l'on s'était fait des îles des mers du Sud. Et sitôt que les parents ont dormi quelques heures pour récupérer de leur nuit blanche, toute la famille file à terre se dégourdir les jambes.

Tim fait des acrobaties! 

Waouh! Quel beau terrain de jeu.

On est sous le charme de l'endroit et on a l'impression que le temps s'est arrêté. On se retrouve le seul voilier dans l'atoll, les quelques autres bateaux étant partis le jour où nous sommes arrivés.

                              

Lorsqu'on rencontre les premiers habitants du sud de l'atoll, ils viennent vers nous en nous offrant un magnifique bec de canne (poisson de lagon) et un gros kaveu (crabe de cocotier) dont Estelle préfère garder les distances! On est très touché par ce premier contact si spontané et généreux.

Rassurez-vous,  ce gros crabe a déjà été occi par nos nouveaux amis et est prêt à passer à la casserole. Les pinces puissantes de ces crabes leur permettent d'ouvrir les noix de cocos. Aors je vous laisse imaginer ce qu'ils feraient des cables électriques du bateau et de nos doigts! Sa chair si fine et délicatement parfumée par son aliment de base la noix de coco, qu'elle rivalise avec celle de la langouste.

Le lendemain on rencontre Antonio père et fils qui travaillent la coprah, tout comme les autres habitants de l'île. Ils sont très contents d'avoir de la visite. Ils confectionnent pour les enfants un petit "panier pique-nique" qu'ils remplissent de germes de coco qui ressemblent à une sorte de pomme légèrement sucrée.

Les noix de cocos matures sont ouvertes et séchées au soleil soit sur le sol ou sur des planches surélevées. Puis, elles sont mises dans des sacs. Un bateau (appelé goélette) vient chercher les sacs de coprah pour les livrer à l'huilerie de Tahiti seulement lorsque la récolte totale de l'île dépasse 15 tonnes, soit 2 fois par an.

Les habitants sont payés 1.20 euros le kilo pour la meilleure qualité (ticket vert) et 0.40 euros pour la moins bonne qualité (ticket rouge). Il faut environ 6 noix de cocos pour faire un kilo de coprah. Soit une récolte deplus de 90'000 cocos ouvertes et séchées pour faire venir le bateau! Quel travail considérable pour ces 19 habitants! Ce bateau est le seul lien qu'ils ont avec l'extérieur.

Ils peuvent cependant communiquer avec leurs familles au moyen de la radio BLU à ondes courtes qui leur est mis à disposition par l'administration. En cas d'urgence, un téléphone satellite se trouve également chez le chef de la coopérative de l'île. 

Lorsque la coprah a pris trop d'humidité ou de pluie et qu'il y a risque de moisissures, elle est trempée dans l'eau de mer avant de la remettre à sécher.

Les enfants sont très intéressés de voir comment ces gens peuvent vivre si éloignés avec si peu de moyens. Et ils sont aussi très touchés, tout comme nous, de leur générosité et qu'ils soient si heureux de nous rencontrer. Les enfants nous questionnent beaucoup sur ce qu'ils voient et vivent sur l'île et cela semble les imprégner sensiblement. Déjà Tim et Nils parlent d'y revenir plus tard lorsqu'ils seront grands!!! 

Le calme absolu du lagon nous fait presque oublier qu'à l'extérieur la houle est toujours très importante. En effet l'hiver austral et ses dépressions envoient de forts trains de houle à des milliers de kilomètres sans aucun obstacle depuis le Grand Sud.

Même lors d'un jour calme, les vagues viennent se briser avec force sur le platier.

                                                 Oniva au paradis?

                                        Estelle est tout à fait d'accord!

                                     Le Papa trouve ça pas mal non plus.

Encore le seul bateau de l'atoll, mais plus pour longtemps.

Corinne et Michel, à bord de leur voilier Ganesh, ramènent Hina (avec le T-shirt vert) chez elle depuis Maupiti. Les habitants de Mopélia sont tous originaires de Maupiti, une île à 100 miles de là. Pour retourner chez eux ou revenir à Mopélia, les habitants peuvent soit prendre la goélette transportant la coprah et qui vient 2 fois par an ou soit demander à un voilier qui se rend d'une île à l'autre de les transporter, comme Hina a fait avec Ganesh. Il n'y a que quelques voiliers par année qui font le passage d'une île à l'autre. Cette année, nous, nous n'avons pas pu nous arrêter à Maupiti car la forte houle de sud rendait la passe d'accès infranchissable.

Hina, pour remercier Corinne et Michel, organise une fête à laquelle elle nous invite aussi. C'est à cette occasion que les liens se tissent avec les habitants et nos nouveaux amis navigateurs.

Petit clin d'oeil de la part d'Hina qui ne manque pas d'humour, elle a baptisé sa maison, le "ski-club Hina", cela sonne presque comme celui de "Riaz" que nous fréquentions en Suisse!

Hina est responsable de la radio BLU de l'île et comme sa maison a été détruite lors du cyclone dévastateur Martin en 1997-98, elle peut depuis lors loger dans cette maison qui est une des seules de l'île à avoir résisté à la marée cyclonique qui est montée jusqu'à ses fenêtres.

                              

Tim avec son copain Parua qui lui a promi d'aller chasser le crabe de cocotier à la nuit tombée. Sa femme et ses enfants sont à Maupiti, mais lui est revenu aider son frère. 

Parua nous raconte que lors du cyclone Martin, il y a 18 ans, une partie de habitants de l'île n'avaient pas pu être évacués car le bateau n'avait pu faire qu'un voyage car la mer devenait trop grosse pour revenir chercher le reste des habitants dont il faisait partie. Alors avec son frère, ils sont restés toute une nuit accrochés en haut des cocotiers pour ne pas être emportés par les flots qui avaient complétements recouvert l'île. Ce n'est que 3 jours plus tard qu'un avion a largué une cargaison de nourriture en attendant qu'un bateau puisse venir les évacuer. Malgré ces événements, certains sont revenus, mais ils ne sont plus que 19 alors qu'avant le cyclone ils étaient une centaine.

Voici un beau spécimen de kaveu qui monte avec aisance le long du cocotier.

 

Parua et son neveu connaissent leur forêt par coeur et ils ne tardent pas à repérer dans la forêt ces gros crabes et à les attraper.

Ces crabes peuvent être très impressionnants et avoir toutes sortes de couleurs telles qu'orange, mauve, bleu... Attention aux doigts!


 

Parua avec Toni, son frère et Heere son épouse. Ils nous montrent leurs belles prises et les enfants sont très intéressés. Ils élèvent aussi de nombreux cochons à côté de la coprah. Une partie de leur revenu est basé sur le troc avec les membres de la famille restés à Maupiti. Ils passent commande par radio de ce qu'ils ont besoin (sucre, farine, huile, etc..) et en échange ils chargent la goélette de cochons, crabes de cocotiers, poissons, lorsqu'elle vient 2 fois par an.

Ces gens sont d'une gentillesse, simplicité et d'une résilience qui nous émeut. Ils vivent dans des "baraques en tôles et en planches". Seuls Hina et le chef de la coopérative ont de modestes maisons. 

Nouvelle soirée chez Hina avec tous les voisins du sud de l'atoll en compagnie de Ganesh. Au menu? Du crabe de cocotier, entre autre! 

Ils ont sorti la grande table et les lampes de poche pour s'éclairer. Hina a aussi 2 panneaux solaires pour faire fonctionner la radio BLU et lui donner un peu d'éclairage, ce qui n'est pas le cas de tous les habitants. L'eau potable est obtenue en récoltant dans des citernes l'eau de pluie tombée sur les toits. Pour se laver, ils ont creusé des petits puits à 1.5 mètres de profondeur et ainsi remonte une eau saumâtre qu'ils emploient à cet effet.

L'ambiance bat son plein. Hina et Kevin nous entonnent des chants polynésiens, Tim essaie de les accompagner! 

On décide de se déplacer au nord de l'atoll car le vent va tourner et on sera mieux protégé. Mais à la nuit tombée un violent orage arrive et le vent se met à tournoyer dans toutes les directions. Huaras passe plus d'une heure dans l'annexe avec la lampe de plongée pour vérifier qu'il n'y aie pas de "patates" de corail trop à fleur d'eau dans le périmètre d'évitement d'Oniva. L'orage est tel que même les oiseaux sont déboussolés, tel ce fou à pied rouge qui vient se réfugier dans le cockpit. Mais, ce qu'il sent le poisson...

Une fois l'orage passé, on réchauffe notre capitaine en lui faisant manger, devinez quoi? Une fondue au fromage achetée à Bora! Et pour une fois on mange même à l'intérieur. Rare!

Le lendemain un grand soleil nous réveille et c'est le moment d'aller dire bonjour aux habitants du nord de l'atoll. On commence par Marcello, le chef de la coopérative de coprah et sa femme Adrienne ainsi que leurs 3 enfants, déjà jeunes adultes.

Adrienne nous accueille en nous passant de magnifiques colliers de coquillages autour du cou à chacun. Ils sont vraiment incroyables de gentillesse. De plus, cette famille est très travailleuse et organisée. Elle est aussi bien outillée et récolte beaucoup de coprah. 

La coprah est mise à sécher après l'orage de la veille. Tout le monde s'active sur l'île car la goélette va arriver dans 2 semaines. C'est un événement très attendu et la récolte doit être sèche lors de l'arrivée du bateau.

Ah! Ce qu'on se plaît à Mopélia.

La maison de Hio, le fils de Marcello et Adrienne.

On rencontre Norma et son mari Ari, des gens d'un très grand coeur. Les enfants disent à Norma que c'est la plus belle maison de l'atoll. Norma a les doigts verts, elle fait pousser les meilleures papayes qu'on ait jamais goûtées. Elle nous en a tellement donné, que j'en fait de la confiture qui a un goût de pêche tellement les fruits sont mûrs! Norma entretient soigneusement son jardin et semble vivre en parfaite harmonie avec la nature qui l'entoure.

                         

Les enfants aiment bien aussi la maisonnette de la fille de Norma et Ari. 100 palmes de cocotiers tressées ont été nécessaires pour lui faire un toit étanche.

On retourne sur Oniva des papayes pleins les bras et ornés de beaux colliers de coquillages, témoins de la grande générosité de toutes les personnes qu'on rencontre à Mopélia.

Oniva au mouillage devant chez Marcello.

La faune est très préservée car elle ne subit qu'un impact minimum de la part des habitants peu nombreux. C'est pourquoi les motus inhabités de l'atoll sont peuplés de très nombreux oiseaux qui viennent y nicher. Il y a des milliers de sternes, fous à pieds rouges ou jaunes, frégates, etc.. C'est un spectacle très impressionnant et le bruit de leur cris est presque assourdissant.

Les habitants nous ont dit d'aller à l'île aux oiseaux pour ramasser des oeufs que les sternes pondent par milliers et n'ont pas besoin de couver. Ce n'est qu'au bout d'une semaine que le jaune d'oeuf se transformera en embryon sous la chaleur du soleil. Par conséquent, les oeufs qui sont ramassés peu de temps après la ponte pourront être consommés. Tout d'abord, on est un peu réticent à aller en ramasser. Mais, lorsque les habitants nous apprennent le test qu'ils effectuent pour connaître l'état des oeufs, on est plus intéressé. Il suffit de plonger l'oeuf dans l'eau de mer.  S'il coule, c'est qu'il est dense et ne contient pas de poussin.  Alors on tente le coup.

 

                              

Les enfants sont fous de joie à l'idée d'aller chercher des oeufs de sternes. Pour eux c'est comme si c'était Pâques.

Un fou d'une sorte encore inconnue pour nous qui ne semble pas farouche du tout.

Au mouillage devant chez Ari et Norma qui nous invitent pour un repas le soir. Les coraux du lagon sont très préservés et offrent de beaux snorkelings. Les poissons du lagon de Mopélia n'ont pas la ciguatera qui rend leur chair toxique contrairement à la plupart des îles de Polynésie où une grande partie des poissons de lagon de sont pas consommables.

C'est un véritable festin de langoustes qu'ils nous offrent sur la jolie petite plage devant leur maison. Merci à vous, les amis.

Le lendemain, on donne un petit coup de main à Ari pourfaire sécher la coprah. Puis, il nous a promis de nous emmener ramasser des mahoas (coquillage en forme d'escargots) sur le platier (récif extérieur). Une autre délicatesse à découvrir!

Les noix de cocos sont ouvertes et mises 1-2 jours pour sécher. Après ce laps de temps, la coprah se détache plus facilement de l'enveloppe extérieure et est mise à sécher sur des claies pour en éliminer le maximum d'eau. Enfin, elle est stockée dans des sacs en attendant la goélette. 

Les enfants adorent aider et apprendre comment nos amis font pour vivre sur cet atoll.

Sur le platier, Norma n'hésite pas à s'approcher des vagues dans le courant pour ramasser les maohas...

...pendant qu'Ari montre aux enfants comment casser ces coquillages et les préparer. A mon étonnement ils s'y mettent avec enthousiasme.

Lorsqu'Ari nous propose d'en goûter quelques-uns crus, ils n'y a plus beaucoup de volontaires! Après quelques réticences, j'en ai quand même goûté et ce n'était pas si mal.

Comme avec les oeufs de sternes, les enfants parcourent le platier dans tous les sens pour ramasser ces coquillages. On sent que le chasseur-cueilleur n'est pas très loin.

                            

                                            Tim m'explique comment faire.

Puis c'est au tour de Norma de nous montrer sa technique en frappant deux maohas l'un contre l'autre. Mais désolée, je n'y arrive pas!  

Norma nous offre d'excellentes papayes. Puis, c'est le temps de les quitter pour se déplacer vers l'ouest de l'atoll car le vent tourne et le mouillage n'est plus protégé. 

Au mouillage devant l'île aux oiseaux en compagnie de Ganesh.

Les frégates sillonnent le ciel et font de superbes piqués pour rapporter de la nourriture à leurs petits.

Mâles et femelles se relaient pour couver. Les mâles se reconnaissent à leurs jabot rouge vif qu'ils gonflent pour séduire les femelles. 

Et voilà un gros poussin!

Les fous à pieds jaunes, eux se contentent de nicher à même le sol.

Ce vendredi, grande journée d'activité commune sur Mopélia. Tous les habitants se réunissent pour démonter une maison insalubre et la remplacer par une nouvelle dont les planches vont être apportées par la goélette et qui abritera à l'avenir la radio BLU.

On retourne au sud de l'île pour dire au revoir à nos amis qui nous ont eux aussi préparé un superbe repas de langoustes, de poissons du lagon et de kaveu (crabe de cocotier).

                           

Heere nous a aussi préparé un délicieux poisson-perroquet cru au lait de coco et elle adore le tiramisu que je lui ai préparé. Quand on vous parle d'un festin!

Merci Parua, Heere, Toni et leur fils pour cet accueil si généreux et sympathique. C'est un magnifique cadeau que vous nous avez fait, plein de spontanéité.

On passe une superbe soirée avec nos amis du sud de l'île et l'équipage de Ganesh.

Tim et son copain Antonio qui lui apprend tout sur les kaveus. Heureusement que ceux-ci sont déjà cuits!

Antonio est aussi un as de la percussion avec deux cuillères dont la sonorité accompagne parfaitement les guitares. Il en apprend les rudiments à Tim.                   

Hina, Tino et Michel sortent les guitares et tout le monde chante en français ou en tahitien. Michel et Corinne ont composé une chanson pour Mopélai sur le thème de "Debout les gars" on va faire la coprah! Cela deviendra un leitmotiv pour notre petit clown de Tim.  Notez le doigt abimé de Parua. Un crabe de cocoquier ne voulait pas se faire cuire...

On fait encore une dernière promenade dans la forêt qu'on commence à bien connaître pour l'avoir sillonnée en long et en large durant les presque 3 semaines de notre séjour dans ce petit coin de paradis.

Deux jours avant le départ, l'océan très agité venait briser ses vagues par-dessus le platier, le faisant disparaître sous l'écume. C'est décidé. On ne part pas encore aujourd'hui.

Mais cette fois-ci la houle est redevenue modérée, l'alizé de nouveau là, les orages partis. C'est le moment de continuer vers l'ouest, avec une grande nostalgie de quitter ces gens si incroyablement gentils et accueillants. Une émotion notable nous saisit au moment du départ, avec le sentiment d'avoir vécu un des moments privilégié de notre grand voyage.

                          

Ces moments sont mieux vécus par les enfants. A l'image de l'insouciance de Tim qui mime un diodon au moment du départ. 

Au revoir Mopélia, au revoir les amis! Oui, on aimerait tellement revenir un jour, peut-être, sait-on jamais...?

2016 06 Mopélia
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